Océanie

Proue de pirogue

Nord de la Nouvelle-Irlande

Bois sculpté, pigments naturels et
coquillages
19ème siècle
Hauteur : 35 cm

Collecté par le Capitaine Frederick John Mann
(1819-1907), HMS Nelson en 1894
Ex collection Gallery Stephen Kellner, Sydney
Ex collection Dr Hugh Gallagher, Sydney,
Acquis auprès du précédent en 1973
Ex collection Christopher & Anna Thorpe, Sydney
Ex collection Kevin Conru, Bruxelles

Publié : Gallery Stephen Kellner, 1970, pl.5/448

Publié : Poésie Féroce – Arts anciens de Nouvelle-Irlande, 2019

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Melanesia – Eastern Papua New Guinea
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En passant au large des îles Tabar en avril 1643, un artiste à bord du navire d’Abel Tasman dessina un canot avec 3 hommes. L’un souffle dans une conque, les deux autres tiennent des pagaies, tandis qu’on devine un flotteur pour la pêche au requin. La proue et la poupe étaient ornées de sculptures, représentant des têtes stylisées et grimaçantes. Les trois hommes ont une coiffure particulière, très courte sur les tempes, évoquant les crêtes des masques de danse Tatanua. C’était le premier contact du monde occidental avec l’art de Nouvelle-Irlande.
Cette tradition artistique de proues en bois sculptées a perduré jusque dans les années 1930 dans l’ensemble de la Nouvelle-Irlande, mais avec des différences stylistiques en fonction de la région. Les proues étaient réalisées par les sculpteurs qui préparaient aussi les statues et masques Malagan, donc on y retrouve la même flamboyante iconographie. La superbe proue de pirogue présentée ci-dessus , collectée avant l’ère coloniale en 1894, est remarquable et provient du nord de la Nouvelle-Irlande. Michael Gunn en a inspecté une soixantaine (voir Michael Hamson, "Oceanic Art", 2018) et remarqua qu’elles sont fréquemment construites suivant un même schéma. Ici, la tête stylisée est représentée seulement par quelques éléments comme la bouche d’où est projetée une langue pointue que mord un poisson et les yeux, cerclés par un serpent. La tête fusionne avec un oiseau aux yeux d’opercule de turbo, tandis qu’un autre oiseau est placé en sentinelle à l’arrière. Ces deux oiseaux sont probablement des drongo, que l’on voit fréquemment représentés sur les Malagan. Oiseaux, serpents, poissons et longues plumes s’enchevêtrent délicatement. Cette proue est très proche de celle aujourd’hui conservée au musée de Sydney sous le numéro d’inventaire B 7283 qui avait été collectée sur l’île de Simberi (archipel Tabar) et acquise en 1885. Seules les proues collectées au XIXè siècle, avant l’ère coloniale présentent cette exubérance et ce raffinement.